Jusqu’au début des années 1980, le seul chien de berger présent en Auvergne était une sorte de « bâtard » au pelage variable mais à l’intelligence aiguë. Avec l’arrivée du border collie, il a peu à peu disparu. Existe-t-il encore des animaux de cette population ?

C’était la grande question, jusqu’en mai 2014, où une mission de sauvegarde a permis d’en inventorier une dizaine d’individus.

 

Il est probable que, par le passé, chaque région avait, à côté de races canines reconnues, des populations de chiens sans standard défini, et qui étaient principalement utilisées pour la garde des troupeaux. Les animaux avaient un robe variable, parfois uni (noire, brune), souvent bi- ou tricolore, le poil le plus souvent ras ou mi-long, les yeux assez souvent vairons. Excellents chien de berger, intelligents, vifs, ils avaient aussi leur caractère, parfois ombrageux pour certains. Il s’agit là d’une population assez polymorphe.

On retrouve ce type de chiens dans les Ardennes, mais surtout en Savoie avec le Berger des Alpes ou berger de Savoie (race non encore reconnue), autour duquel une action de sauvegarde s’organise également. Il s’agit vraisemblablement, dans les trois cas, de populations assez proches et qui méritent d’être préservées, car elles représentent les derniers vestiges de chiens de travail autrefois largement répandus en France.

Le berger d’Auvergne a donc fortement diminué à partir des années 1980, remplacé par le border collie, qu’on imaginait alors plus performant encore en matière de garde de troupeaux. Dans les années 1990, on trouve encore régulièrement ce type de chiens en Haute-Auvergne, mais à partir du début des années 2000, il devient de plus en plus rare. A tel point que l’on peut se demander s’il existe encore.

 

 

Quelques photos ci-dessous de probables bergers d’Auvergne :

 

photo 1

Puy-de-Dôme, années 1910.

 

photo 3

Années 1960.

 

photo 5

Années 1970-80.

 

photo 6

Haute-Loire, 2008 (photo Laurent Avon).

   


 

 

Une enquête sur le terrain révèle qu’il n’a pas disparu

 

Les documents existants sont en effet très maigres. L’association FERME évoque l’existence de ce chien, ainsi que le grand expert bovin Laurent Avon, qui a eu l’occasion d’en croiser dans les fermes à la fin des années 1990. Sur un forum canin, une certaine Emilie dit posséder l’un de ces chiens, une chienne nommée Tina, mais le forum ne permet pas de la contacter directement.

Un premier appel est lancé le 31 mars 2013 par Philippe J. Dubois et Elise Rousseau sur le site Les biodiversitaires pour retrouver des personnes possédant ces chiens. Contre toute attente, cette bouteille à la mer perdue sur le web trouve sa destination : Emilie Dracon, la propriétaire de la fameuse Tina, toujours à la recherche d’informations sur le chien d’Auvergne, découvre cet appel et prend contact. Suivie de quelques autres. Il semblerait qu’il existe encore quelques inconditionnels qui ont conservé ce chien et qui essaient de maintenir cette petite population.

Après avoir pris des contacts avec l’association FERME et Emilie Dracon sur place, il apparait urgent de vérifier si – oui ou non – ce chien a disparu.

Grâce au travail de prise de contacts effectué par Emilie et à un appel passé dans le journal L’Union du Cantal, quelques informations éparses semblent confirmer que ce chien n’a peut-être pas totalement disparu. A la fin du mois d’avril 2014, soit une année après le premier appel, Philippe J. Dubois, Elise Rousseau et le professeur de zootechnie Jean-François Courreau (Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort), spécialiste français du chien de travail, décident d’aller prospecter quelques jours dans les fermes du Cantal pour retrouver ces chiens.

Partis par acquis de conscience, l’opération se révèle être un succès au-delà des espérances.

De ferme en ferme, en rendant visite à quelques éleveurs ayant, par amour et tradition, conservé ce type de chiens, l’équipe découvre que le berger d’Auvergne est toujours vivant !

A la suite de cette minutieuse enquête, treize chiennes ont été répertoriées, avec l’aide sur place de Julien Souvignet, spécialiste de chiens de troupeau.

Le professeur Jean-François Courreau souligne immédiatement une homogénéité frappante au sein de ces différents chiens, même si, de prime abord, leur phénotype est assez varié.

 

 

Les 13 chiennes découvertes :

 

 

Belle.jpg

    Belle

 

Calinou.jpg

Calinou  

 

Cannelle.jpg

Cannelle

 

Violette.jpg

Violette  

 

 

Tika

Tika

 

Tina.jpg

Tina

 

Bergere-chez-Yves-Liadouze.jpg

Bergère

 

Bergère (chez Hervé Debord)

Bergère

 

Marquette.jpg

Marquette  

 

Perlette.jpg

Perlette

 

Vanille.jpg

Vanille

 

Toscane.jpg

Toscane

 

Titoune.jpg

  Titoune  

           

 

 

Les contacts sont très positifs et les éleveurs rencontrés, enthousiastes, ont tous fait part de leur souhait de voir réhabiliter leur chien de berger, proposant de faire saillir leurs chiennes pour sauver cette race qui fait partie du patrimoine et de l’histoire de la région. Beaucoup d’éleveurs semblent en effet prêts à reprendre à la ferme des bergers d’Auvergne, bien plus sympathiques, économiques et efficaces qu’un quad pour rassembler les bêtes, pour peu qu’on puisse à nouveau se procurer des chiots.

Le berger d’Auvergne a souffert d’un effet de mode autour du border collie, excellent chien mais finalement peut-être moins adapté au travail à la ferme, notamment sur les vaches (même s’il reste excellent sur les moutons) tel que le pratiquent les éleveurs auvergnats. Toutes les personnes interrogées – y compris celles qui possèdent désormais un border, ont spontanément dit qu’ils regrettaient leur « chien d’autrefois » mieux adapté aux bovins qui restent l‘élevage principal dans cette région.

 

La sauvegarde est lancée !

 

A partir de là, une équipe informelle se met en place. Julien Souvignet part à la recherche d’autres chiens, le bouche-à-oreilles fonctionne chez les éleveurs. Sébastien et Deborah Rodier, éleveurs et propriétaires de belles chiennes, se joignent à l’aventure. Des mâles sont trouvés, des portées à naître signalées.

Il est décidé de la création d’une association de loi 1901 à but non lucratif : l’Association de sauvegarde du chien Berger d’Auvergne (ASCBA).

En juillet 2014, l’assemblée générale constitutive de l’association, suivie du premier conseil d’administration, se déroule à Sériers (Cantal). Le second conseil d’administration a lieu le 15 novembre à Saint-Poncy (Cantal), et l’association voit officiellement le jour, administrativement, le 17 novembre.

 

C’est le début d’une longue aventure, où tout est encore bien fragile. Mais nous sommes optimistes car nous avons vu combien ce chien était encore présent dans l’esprit d’un bon nombre d’éleveurs.

 


Berger-d-Auvergne 0091

    Le Pr Jean-François Courreau en train d'examiner Jasper, sous le regard de Magali Brosse (FERME)  

de Julien Souvignet, spécialiste du dressage des chiens de berger, élu président de l'association, et de Philippe J. Dubois.